Précurseur de la discipline dans les années 1980, Igor Léontieff est resté sur la première marche des podiums polynésiens plusieurs années d’affilée, il détient plusieurs records et est le premier athlète polynésien à s’être présenté à Monsieur Univers. Il suit de près la relève, émettant certains doutes sur l’évolution du bodybuilding.

la-bible-digor« J’ai tout appris tout seul, ma bible c’était le livre d’Arnold Schwarzenegger, Arnold : The education of a Bodybuilder sorti au début des années 1980. Je ne le quittais pas, je le lisais et le relisais, pour suivre ces conseils. Arnold était mon seul maître, il m’a tout appris et je suis fier de ça », se rappelle Igor Léontieff. Ému, il tourne les pages de sa « bible » qui n’a pas été épargnée par le temps. Lui en revanche, le précurseur du bodybuilding en Polynésie, semble passer à travers les mailles du temps qui passe. À 58 ans, il continue ses entraînements dans une pièce attenante à son domicile, un espace équipé digne des grandes salles du territoire. « Un cadeau que je me suis fait. »

Sa vie d’athlète a commencé très jeune par le judo, le football grâce auquel il a été sacré champion de France avec son équipe tahitienne en 1980 et l’athlétisme « on faisait du saut ventral sur gazon ». Il a établi un record en saut en hauteur en équipe de France militaire en 1978 (à 2 mètres 06), le record tient toujours. Et puis un jour, sur les conseils de son frère, Igor Léontieff, a goûté à la musculation. « J’avais besoin d’avoir des bras puissants pour pouvoir lancer mes jambes. » Sa route a croisé celle d’Yves Teiho, premier athlète polynésien à avoir participé à M. Oceania en 1964 et de Roberto Cowan, partenaire d’entraînement. Les dés étaient jetés.

Podiums et records

igor-en-juillet-1987« J’ai fait mon petit bonhomme de chemin », raconte Igor Léontieff. En 1981, il a remporté la compétition Monsieur Tahiti. « Les présélection étaient à l’Otac et la finale à l’hôtel Tahiti. C’était folklorique. Les annonces de ce rendez-vous étaient faites dans des voitures au son des to’ere, on placardait les affiches sur les gros arbres. » À cette époque, les athlètes devaient être proportionnés, avoir un ventre plat et une belle plastique. « Les critères étaient vraiment différents de ce que l’on retrouve aujourd’hui. » Entre 1981 et 1987, Igor Léontieff a tout remporté sur le territoire. Il s’est présenté à la compétition de Monsieur Univers en 1983 et en 1985. Entre 1987 et 1991, l’IFBB a fait une pause, par conséquent les bodybuilders ont été plus discrets sur le territoire. L’occasion pour Igor Léontieff de battre des records. Par exemple, en développé-couché, en 1990, il a fait 85 répétitions de 100 kg dans les jardins de l’Otac.

En 1993, Igor Léontieff a dû faire face à une rupture du talon d’Achille. Il n’a pas été opéré, mais la rééducation a été longue. « J’ai fait un come back en 1995, à l’occasion des championnats de Polynésie. » De nouvelles performances sont venus nourrir le palmarès déjà copieux de l’athlète : 2ème à M. France en 1999, médaille d’or à M. Oceania en 2005… En 2007-2008, il a obtenu sa carte professionnelle. Aujourd’hui, il est coach. Il reste dans le milieu et suit la relève, dont son fils Oleg qui vient de participer à sa première compétition le 5 novembre dernier.

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Des dérives en cours

« Je ne veux pas être blessant, mais on peut dire qu’aujourd’hui, les athlètes évoluent avec une petite cuillère dans la bouche. Ils ont tout à portée de main grâce au numérique. La science a fait beaucoup de progrès, notamment en diététique. Ils ont encore beaucoup d’efforts à fournir, mais l’entraînement est facilité. »

Igor Léontieff repense aux heures qu’il a passées à tourner les pages de sa bible pour progresser. Quand il pose son regard sur les compétitions en cours, il émet certaines réserves et semble inquiet.

« Je trouve que les jeunes s’intéressent de trop près à la chimie, certains peuvent même jouer avec leur santé, il faut faire attention aux dérives. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a lancé une campagne de contrôle anti-dopage à l’institut de la jeunesse et des sports. Nos protéines avant c’était des œufs, du lait et du miel. Ça a toujours très bien fonctionné. »

Mais si les méthodes  et techniques d’entraînement ont évolué c’est certainement pour répondre à de nouvelles exigences. Concernant les critères, Igor Léontieff regrette la dérive.

« Les physiques sont écorchés, trop prononcés, ce qui traduit des régimes vraiment trop sévères. On décèle beaucoup de souffrance en regardant les visages. On mise plus sur l’amaigrissement que sur la prise de muscle. Il y a des réglages à effectuer car avec ces régimes, le poids des athlètes fait le yoyo, le cœur se fatigue car c’est l’organisme qui en prend un coup. Il n’y a plus que le cerveau qui motive les bodybuilders à aller de l’avant alors que le régime même doit être un plaisir. Il faut revenir à du bodybuilding pus classique. »  Igor Léontieff espère une évolution. Il espère surtout que la discipline soit maintenue, qu’elle ne soit pas mise de côté pour rester une activité phare dans le domaine. Pour autant, il prend plaisir à suivre des compétitions de Men’s physique ou bien de Miss Fitness, « un must, qui rassemble tout l’agilité et le muscle ».

Delphine Barrais