On dit souvent que l’âge n’est pas une excuse. Eh bien, l’auteur de cet adage avait bien raison. Nous avons rencontré une grande personnalité du milieu du bodybuilding en Polynésie française. Roberto Cowan, représente à lui seul, plus de 35 ans de l’histoire du bodybuilding polynésien. À 62 ans, il continue d’œuvrer dans ce milieu qu’il affectionne tant. Il est le gérant de l’emblématique salle de musculation de Faa’a, « Roberto Gym ». Cette salle de sport a, tout comme son fondateur, une très grande histoire derrière elle. Non seulement, elle a vu naître des grands champions du bodybuilding, comme Igor Leontieff, Oscar Dexter ou bien Tauhiro Yip (pour ne citer qu’eux), mais elle a également enfanté des champions dans d’autres disciplines. En effet, Dany Gérard, champion de BJJ qu’on ne présente plus, et Lewis Laughlin, légende du « va’a », ont fait leur début dans la musculation à Pamatai.

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À 62 ans, on pourrait penser que notre ami Roberto entame une paisible retraite, eh bien détrompez-vous. Même après 40 ans de sport au haut niveau (motocross, va’a, bodybuilding,…), il continue d’être très actif. Il a récemment participé à l’IFBB Open Polynésie 2016, compétition de bodybuilding dont il est sorti 4ème en catégorie Open. Son physique fera pâlir de jalousie bon nombre de jeunes adeptes de musculation. Ce sexagénaire a un corps taillé dans le marbre. Comme quoi l’âge n’est pas une excuse !

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Nous nous sommes entretenus longuement avec cette icône du sport local. A travers cette interview, c’est plus de 35 ans de vie de Roberto qui sont passés en revue. Il nous livre par la même occasion son analyse du bodybuilding local.

Roberto, revenons à la genèse de toute cette aventure. Tu es tombé amoureux du sport, et plus particulièrement de la musculation, à quel moment ? Dis-nous tout.

En fait, cela a commencé dès l’école. A l’époque, j’étais à l’École des Frères. La première personne qui m’a motivé c’est Yves Teiho. Il a aujourd’hui 93 ans. Lors d’une kermesse, lui et deux autres gars ont fait une démonstration de bodybuilding. Cette démo est restée ancrée dans ma mémoire. Suite à cela, je me suis dit que le jour où je voudrais faire ce sport-là, ben je saurais qui aller voir.

Robert sur la gauche
Roberto sur la gauche

Après l’école j’ai fait du cyclisme puis en 1974, je m’étais lancé dans le motocross. À l’époque les motos étaient très difficiles à maîtriser. Donc je me suis dit « les motos étant difficiles à maîtriser, il fallait se renforcer musculairement » et la première personne à qui j’ai pensé, c’est Yves Teiho. Je suis allé le voir et j’ai commencé chez lui à la Mission. En 1979, J’ai démarré les entrainements avec mon ami Igor Leontieff. J’ai fait ma première compétition en 1981. Après cette compétition, on ne s’est plus vraiment arrêté.

13346829_534742313372024_3759837864245690942_nAprès l’épisode bodybuilding, je suis parti dans le va’a. Avec du recul, quand je regarde tout ça, la musculation c’est quand même quelque chose de spécial. On avait les conseils qu’il faut, mais au bout de 6 ans, je me suis aperçu que je n’avançais plus, j’étais comme devant un mur. Alors je me suis dit « bon, qu’est-ce que je vais faire ? ». A l’époque, des rameurs avaient besoin de faire de la musculation, donc c’est comme ça que je suis entré dans la rame (déjà pour apprendre à ramer et ensuite pour pouvoir les faire faire de la musculation).

Je sentais que dans la musculation, j’avais atteint la limite. Et jusqu’à maintenant, donc 35 ans après, si je fais le bilan finalement, c’est à peu près le temps de progression naturel. Ce qui fait qu’au bout de 6 ans ou 7 ans, pour d’autres 10 ans parce qu’ils n’ont pas mis les moyens, on stagne.

Que penses-tu du bodybuilding local aujourd’hui ?

Aujourd’hui, le bodybuilding a presque disparu. Tout le monde maintenant se focalise sur le Men’s physique, pourquoi ? Parce que c’est plus accessible. Une fois le niveau atteint dans cette catégorie, il y a une barrière pour passer en bodybuilding. Alors, pour franchir cette barrière qu’est-ce qu’il faut faire ? De nos jours, c’est un sport où les compléments alimentaires occupent une place importante. Quelqu’un qui va commencer la musculation, la première chose qu’il va me dire c’est « qu’est-ce qu’il faut prendre ? ». Donc ça veut dire qu’on a déjà en tête quelque chose qui nous dit que sans ça, ça ne va pas fonctionner. Donc pour moi c’est là, la grande faiblesse de nos jours. Si j’avouais aux gens ce qui va se passer exactement, eh bien je pense que ça va les décourager, alors je les laisse découvrir par eux-mêmes.

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Roberto, tu as participé dernièrement à l’IFBB Open Polynésie. Pourquoi ce come-back ?

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IFBB Open Polynésie 2016

Ça fait déjà un petit moment que je suis là et j’ai remarqué que ça y est, une génération a passé, ce qui fait que je n’existe que sur photo. La jeunesse arrive et pas moyen de les contenir. J’ai remarqué que la plupart font un peu du n’importe quoi, il faut dire la vérité. Je les regarde, mais bon, je dis rien et si je dois dire quelque chose, ils ne m’écouteront pas parce qu’ils préfèrent écouter un Tauhiro Yip ou quelqu’un qui est « balaise » plutôt que de m’écouter moi. Ce qui fait que je ne dis rien. Ce come-back, c’est une façon de remettre les pendules à l’heure, de dire que je ne suis pas né de maintenant. J’aimerai également remercier Tahiti Fit pour ces belles photos de moi. J’ai l’impression d’être mieux aujourd’hui qu’auparavant. Je suis vraiment satisfait car grâce à ces photos, j’ai gagné le respect dans la salle. Avant cette compétition, j’étais un peu quelqu’un d’effacé.

Maintenant, on a internet pour tout apprendre, on a tous les produits qu’il faut, mais ce qu’ils ne savent pas, c’est que nous, êtres humains, n’avons pas changé. Ce qu’on faisait nous avant, on faisait avec ce qu’on avait, mais c’étaient des exercices qui étaient très durs. On atteignait exactement les mêmes résultats que maintenant, mais avec moins. Maintenant, on leur donne tout et je trouve que le résultat n’est pas à la hauteur du modernisme qu’on a maintenant. Mais pourquoi ? Parce que justement, avant on était beaucoup plus motivé, on n’avait pas grand chose, mais au moins quand on faisait quelque chose, on le faisait du mieux qu’on pouvait.

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Pour toi à 62 ans, c’est quoi le secret pour rester fit toutes ces années ?

Roberto à l'entrainement
Roberto à l’entrainement

Je suis comme tout le monde, j’aime les gâteaux, j’aime manger mal… Je mène une vie comme tout le monde, mais finalement ce qui me permet de me maintenir, c’est l’entrainement. Je fais mes travaux, mais je m’entraîne régulièrement. Ça veut dire que je n’ai jamais vraiment arrêté. Je suis régulier pendant les entraînements. Je pense que c’est ça. Ce n’est pas d’être là tous les jours, mais c’est tout le long de la vie qu’il faut maintenir un entraînement régulier. Je me suis un peu mis la pression pendant 6 mois, exceptionnellement pour cette compétition, mais j’ai diminué un peu depuis. Je maintiens malgré tout un entraînement sérieux. Après 60 ans, comment le corps réagit ? Je n’en ai aucune idée. Et là, j’apprends de moi-même. En me préparant pour cette compétition, j’ai été étonné, j’ai réussi à maintenir ma masse musculaire, je sentais que mon corps répondait toujours.