Chers internautes et fans de Tahiti Fit, vous savez aujourd’hui que la musculation est l’un des meilleurs moyens pour prendre du muscle ou perdre du poids. Nous allons voir à travers cet article, que la musculation peut être intégrée à tout programme d’entrainement de tout type de sport, notamment la natation. Soulever de la fonte ne se limite donc pas uniquement à forger un corps de rêve mais cela aide également à accroitre les performances physiques des plus gands sportifs.

Nous avons rencontré Stéphane DEBAERE, nageur de haut niveau. Il fait parti du top 8 français, rien que ça! Stéphane, coaché par notre coach adorée Gaelle Osmont, nous explique pourquoi il a décidé d’intégrer la musculation à sa préparation physique.

Stéphane, peux-tu te présenter brièvement ?

Stéphane DEBAERE, né le 01/01/1989, 27 ans, 1m89, 82 kilos. Je suis né à Papeete – Tahiti et y ai grandi jusqu’à l’âge de 14 ans. En 2003, j’ai fait un grand virage à 180 degrés en quittant mon Fenua pour tenter l’aventure Sport – Etudes. Aujourd’hui, cela fait donc 13 ans donc que je vis entre l’Europe et la Polynésie Française, si ce n’est pas d’autres contrées comme l’Australie (Melbourne) ou encore la Nouvelle-Zélande. En toute honnêteté, j’ai beaucoup voyagé et ce style de vie me correspond bien. Cela me permet de ne pas connaître la routine géographique.

Pour revenir à moi, je suis nageur de haut niveau – Top 8 français (j’emploie pas le terme « professionnel » car la natation n’est pas un sport reconnu professionnel malheureusement) et mannequin pro à mes heures perdues représenté dans plusieurs agences internationales / sur divers marchés. Ces deux activités ne sont pas très compatibles. Je ne peux pas prétendre à faire la course aux castings ici et là, enchaîner les shootings ici et là et en parallèle m’entraîner 6 heures par jour pour performer à une grosse échéance, sans compter tout ce qui englobe une préparation d’athlète de haut niveau (hygiène de vie).

Bien que l’on me colle souvent l’étiquette de « mec hautain » au premier abord, je suis quelqu’un de simple et surtout d’ouvert. J’ai le contact facile. Donc aucune réticence à me solliciter pour telle ou telle chose. Cela ne veut pas dire que j’accepte tout. J’ai des valeurs assez simples mais qui pour moi se perdent aujourd’hui … Je veux parler du Respect avec un grand R, de la politesse par exemple. Pour ce qui est lié au sport dans sa globalité (sans parler de sport de haut niveau) j’évoque comme valeurs la combativité, le dépassement de soi-même, la constance et l’humilité dans la victoire comme dans la défaite. Après je reste un être humain normal qui fait ses courses comme tout le monde par exemple et/ou qui connaît des soucis quotidiens comme tout le monde.

Enfin, parce qu’il y aurait tant de choses à dire me concernant tellement je suis atypique. Je suis un enfant du Fenua. qui suis toujours resté attaché à mon Fenua malgré mon éloignement, et qui restera toujours attaché. D’ailleurs, je me demande si un jour je ne vais pas rentrer ici pour y faire ma vie … Quand tu prends du recul et que tu analyses la situation sociale, économique et sécuritaire de la Métropole, moi qui est beaucoup voyagé et vu différents systèmes : on n’est pas si mal loti à Tahiti ! Même si tout n’est pas rose, j’en suis conscient. Mais le parfait n’existe pas. Je dirai que c’est l’être humain qui est en permanence insatisfait.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui avec mon statut d’athlète / mannequin reconnu, mes nombreux contacts privilégiés, j’essaye d’apporter ce que je peux apporter à la Polynésie Française. C’est ce que l’on me demande au travers de mon statut d’Ambassadeur d’Air Tahiti Nui entre autre (un de mes plus fidèles partenaires) et surtout de la Polynésie Française dans sa globalité. Petit illustration : je fais venir en Octobre 2016 plusieurs champions olympiques de natation ainsi que des média internationaux afin de donner de la visibilité à la Polynésie Française, en faire tout simplement la promotion.

La musculation a-t-elle toujours fait partie de tes entraînements ?

Oui la musculation a toujours fait partie de mes entraînements, et ce dès petit où je faisais déjà un gros travail de renforcements musculaires à poids de corps. Aussi, je bénéficie d’un atout gêne puisque mon père a été un ancien rugbyman pro.

La préparation physique a toujours été mon point fort et m’a toujours sauvé. Car paradoxalement, je n’ai que très peu de qualités aquatiques. A contrario de bon nombre de nageurs de haut niveau – mes concurrents. Au test de flottabilité par exemple, c’est simple : je coule même avec les poumons chargés d’O2. La complexité est donc pour chacun d’analyser et de comprendre son profil. Et à partir de là, travailler ses points forts et combler au maximum ses points faibles. Par ailleurs, je suis un athlète qui se lasse vite des choses. C’est la particularité des sprinteurs en général comme moi. La musculation permet de faire autre chose car je le reconnais, la natation est un sport « emmerdant » si c’est pour enchaîner les longueurs et compter les carreaux !

Que t’apporte la musculation ?

La musculation est nécessaire à tous les sports. Il s’agit d’un complément d’entraînement incontournable. En effet, j’estime qu’avant d’être nageur de haut niveau, tu dois être un véritable athlète complet. C’est valable pour tous les sports. Moi qui fréquente des tennismen pro, des rugbymen pro, des tireurs pro, ou encore des pilotes F1 : tous sont des athlètes complets. Cela signifie pouvoir courir, nager, rouler à vélo, sauter à la corde, boxer, pousser et tirer de la fonte, etc …

Cependant, toutes ces palettes doivent être utilisées à bon escient en fonction du sport de haut niveau que l’on pratique. C’est le cas pour moi. Inutile de me faire faire de la musculation à outrance façon « body building », au risque de me voir couler comme un plomb dans la piscine ! Le travail en salle ou en extérieur doit donc être établi en corrélation avec mes entraînements dans l’eau. Et chaque exercice en musculation doit être réfléchi pour que je puisse le transférer dans l’eau et en avoir le bénéfice.

La natation est un sport complexe, pire pour les sprinteurs :

  • Travailler les jambes en salle afin de pouvoir pousser plus fort sur le plot de départ, après chaque virage, être plus solide sur les ondulations sous marine (coulées) ou plus endurant sur les battements ou ciseaux.
  • Travailler les bras afin de pouvoir tracter plus fort et plus longtemps. Tout en étant relâché. Car plus tu nages contracté, plus tu sens l’acide lactique arriver plus vite / plus fort.
  • Travailler la sangle abdominale / lombaires (gainage) afin de le transférer dans l’eau. Au plus tu es gainé dans l’eau, surtout sur les fins de course, moins tu flanches …

La complexité du sprint (valable en natation comme en athlétisme) résulte dans la force, l’endurance mise en application/action et en parallèle le relâchement, la laxité du geste afin d’être économe et surtout efficace. Le but étant de trouver les clefs à maîtriser un élément naturel qui est l’eau afin d’aller le plus vite possible.

Pour un nageur de haut niveau comme toi, comment se présente une prépa à une compétition ? Quelle est la part de la musculation dans ta prépa ?

J’imagine que tu évoques une prépa à une échéance majeure. Il s’agit d’une longue préparation, de plusieurs mois. De plusieurs saisons même lorsqu’on parle des Jeux Olympiques. C’est pour cette raison que la natation est un sport ingrat car il s’agit de se préparer pendant de longs mois, 4 à 6 heures par jour, avec une hygiène de vie irréprochable, afin d’être prêt le jour J sans avoir la certitude d’atteindre l’objectif. Car parfois tu fais tout pour y arriver et le jour J tu te prends le mur. Et tout ceci, je tiens à le préciser : pour un effort de 21’’/22’’ pour un 50m NL et 48’’/50’’ pour un 100m NL.

Globalement, me concernant ma préparation se décortique en plusieurs phases :

  • une période dédiée à la pure préparation physique sans trop nager
  • une période dédiée à un gros travail foncier/volume dans l’eau : engranger un maximum de kilométrage dans l’eau (il m’est arrivé de faire des semaines à 90/100 kms la semaine dans l’eau à raison de 2 séances par jour)
  • une période dédiée à un travail spécifique hors de l’eau (musculation – travail spécifique afin de gagner en force et puissance) et dans l’eau (technique, allures de course, entraînement lactique : en soit plus court mais plus intense)
  • une période dédiée à l’affûtage : je dirai que c’est la plus difficile. C’est là où tout se joue ou tout se perd. Garder tous les acquis des mois précédents et en même temps se reconstituer un nouveau corps afin d’arriver à un pic optimal le jour J.

Pour moi la musculation représente beaucoup dans ma préparation mais à valeur égale avec les autres ingrédients j’incorpore à ma prépa.

Car en parallèle, d’autres paramètres qui constituent l’hygiène de vie rentrent dans l’équation. L’alimentation, le sommeil, les étirements, les soins kiné/ostéo (mécanique) les sorties nocturnes avec les amis que tu oublies, les sollicitations que tu réduis volontairement, ou encore les relations sexuelles que tu squeezes avec ta partenaire à l’approche de l’échéance ! Sans oublier le mental car inutile de t’entraîner dur si c’est pour trembler le jour J …

Quels sont tes objectifs pour 2016 ?

Mes objectifs pour 2016 sont les Championnats de France Elite grand bain qui auront lieu fin Mars/début Avril à Montpellier et qui servent cette saison de sélections olympiques. Ne rêvons pas, les chronos requis par la Fédération Française de Natation sont extrêmement difficiles (exemple 48’’13 au 100m NL) et les places sont chères car seuls les 2 premiers partent en individuel (si chrono qualificatif réalisé) et les 6 premiers pour les relais. Je suis dans le Top 8 mais quand tu sais que devant moi tu as Florent Manaudou, Jérémy Stravius, Fabien Gilot, Fred Bousquet, etc … que des mecs sur le toit du monde ces dernières saisons, qui eux même ne sont pas certains d’avoir leur ticket, tu réalises la difficulté du challenge …

Je ne sais pas si l’on me retrouvera à Fidji fin Juin 2016 pour les Océanias. A l’heure actuelle, comme d’habitude rien n’est fait à la Fédération Tahitienne de Natation. L’échéance est dans moins de 6 mois … décidément le made in Tahiti ne changera jamais.

Pour la suite, hormis la venue de mes potes Champions Olympiques Octobre 2016 sur le Fenua, je n’ai pas encore de perspectives si ce n’est la question de mon devenir après carrière. Car cela va arriver assez vite … et il s’agit d’un sujet récurrent et préoccupant me concernant.

Pourquoi t’es-tu tourné vers Gaelle pour ta prépa physique ? Comment te sens-tu aujourd’hui grâce à votre travail ensemble ?

Gaelle est aujourd’hui une « physical coach » reconnue sur le territoire. Etant donné que je suis un athlète qui aime découvrir de nouvelles choses, je me suis tourné vers elle. La chance que j’ai eue c’est qu’elle ait accepté puisque je suis le premier nageur de haut niveau à la solliciter. En effet, il me fallait des séances bien spécifiques en corrélation avec mon sport. Par ailleurs, son côté smily, incentive et son professionnalisme m’ont aussi attiré.

Difficile d’évaluer le travail effectué sur une courte période (1 mois et demi d’entraînements avec elle à raison de 2 séances par semaine). Cependant, je ne regrette pas du tout le contenu des séances proposées ! Moi qui suis très athlétique, cela n’a pas été si facile que ça … comme quoi, on en découvre tous les jours !